La Plagiocéphalie

Plagiocéphalie ou « tête plate » ce drôle de nom désigne une déformation du crâne du nourrisson lui conférant une forme asymétrique. Une partie du crâne, généralement la partie postérieure, est souvent de manière non symétrique, plus plate que la normale.

Le système médical la décrit comme une anomalie bénigne qui se résorbe avant l’âge de deux ans et résulte de la position couchée sur le dos du bébé.

 

Pour une affirmation juste, deux affirmations sont tout à fait contestables.

 

La première dit que la plagiocéphalie se résorbe spontanément avant l’âge de deux ans. Cela est vrai lorsqu’elle est peu importante, mais c’est très loin d’être toujours le cas. Nous autres ostéopathes qui nous intéressons à la forme et aux mouvements profonds du crâne sentons bien qu’elle ne se résorbe pas toujours et que même lorsque cela semble le cas en apparence, le contact intime avec les tissus du crâne indique que reste bien souvent une limitation dans les mouvements très profonds des structures impliquées qui auront des conséquences à long terme sur la statique de tout le corps de l’individu.

 

La seconde dit que la plagiocéphalie résulte de la position couchée sur le dos du bébé. Voilà qui est totalement faux. Depuis des millénaires, on fait dormir les enfants sur le dos et la plagiocéphalie n’a jamais été aussi fréquente qu’aujourd’hui. De plus, cette explication ne dit pas pourquoi la plagiocéphalie est très souvent non symétrique, c’est-à-dire que le plat est situé d’un côté et non au centre.

Le constat, lors des nombreuses pratiques ostéopathiques, faisait justement apparaître une incohérence entre la cause évoquée (couchage sur le dos) et la déformation crânienne. Les tensions ressenties dans mes mains ne se situaient pas toujours au crâne, loin de là même.

Alors, comme nous le disions, que l’on fait dormir les bébés sur le dos depuis des millénaires et que la plagiocéphalie n’a pas été notée comme un syndrome particulièrement fréquent (toutes les personnes dont on voit des représentations au cours des siècles n’ont pas la tête plate…), pourquoi y a-t-il une recrudescence si importante à partir des années 1990 ? N’y aurait-il pas quelques facteurs importants qui, dans cette période de l’histoire, auraient changé, permettant de comprendre le pourquoi de la recrudescence de cette pathologie ?

Grâce à William Garner Sutherland, qui a formalisé l’approche crânienne de l’ostéopathie les ostéopathes peuvent aujourd’hui proposer des réponses qui, même si elles ne sont pas acceptées par le système médical (qui ne reconnaît pas l’approche crânienne comme valide) nous fournit quelques réponses pertinentes.

 

Comment s’installe alors, une telle déformation ?

 

Elle peut venir de la grossesse elle-même. Les conditions de vie de la femme enceinte se sont profondément modifiées dans la seconde partie du XXe siècle : femmes au travail, soumises au stress, abreuvées avant leurs grossesses de produits hormonaux destinées à éviter les grossesses non désirées

 

Quand le TOUT prend sens.

D’emblée, la morphologie plus petite d’un nourrisson permet effectivement d’avoir la globalité du corps, du crâne au sacrum entre nos mains.

Le concept de la globalité et de la tension des membranes réciproques, tel que A.T. Still et W.G. Sutherland nous l’ont transmis, se révèlent sous nos deux mains simultanément.

Il est en de même de l’inter relation des différentes parties du corps.

L’avantage de pouvoir accueillir ce nourrisson dans nos mains permet à notre cerveau de nous renvoyer une image globale du corps.

Le schéma corporel, le pattern cher à Still, s’affiche alors clairement dans nos mains.

Le corps peut afficher une extension, une posture en inclinaison, une torsion sur son axe crâne/sacrum ou tout autre schéma qui lui est propre.

La libération d’une zone de rétention entraîne un changement dans l’ensemble du corps. Nous percevons dans l’instant même que chaque partie du corps est en interdépendance avec une autre.

Nous percevons l’effet de cette libération à l’autre extrémité du corps. Il est assez fréquent qu’en libérant un sacrum, nous obtenions l’évolution favorable d’une asymétrie crânienne.

Le fait que chaque partie ait une influence sur le Tout devient évident.

 

Cette membrane de tension réciproque entre crâne et sacrum est le premier axe mécanique qui permet d’objectiver l’évolution de la libération. Cet axe dure mérien doit être libre avant tout.

 

Dans un second temps, apparaîtront sous nos mains, des zones plus spécifiques nécessitant à leur tour une libération.

En effet, en ce début de vie, tous les systèmes prennent leur fonction et leur autonomie, les systèmes vasculaire, neurologique, cardiaque, pulmonaire, digestifs pour ne citer qu’eux.

Ils sont en inter relation, dépendants les uns des autres sous la commande non seulement des systèmes nerveux parasympathiques et orthosympathiques, mais aussi sous le chef d’orchestre que sont les hormones.

Une vraie fourmilière : chaque cellule avec sa fonction qui lui est propre, a pour objectif commun de maintenir la Vie.

 

Pour illustrer cette notion du tout, bons nombres de nourrissons ayant une plagiocéphalie ont également des reflux, des régurgitations ou /et des coliques, voire une constipation.

 

Ce ne sont pas deux symptômes à considérer séparément mais un seul et même déséquilibre.

 

La zone de restriction la plus importante verrouille le système de telle façon que sous l’effet de la loi de causes à effets, plusieurs symptômes peuvent apparaître.

Cette zone, une fois libérée, retrouve pleinement sa vitalité et toutes les cellules concernées par cette zone peuvent reprendre leur fonction.

 

La palpation à la base de la communication.

Cela peut paraître simple d’un prime abord. Mais nous allons être confrontés à deux challenges.

Notre axe crâne /sacrum a été libéré, mais existe-t-il une limite à cette libération ?

Malgré la libération, la partie plate du crâne qui détermine la plagiocéphalie, ne récupère pas suffisamment et pas assez vite par rapport à la croissance.

 

Notre capacité à libérer une zone dépend de la qualité de notre palpation.

L’étude des paramètres de palpation objectifs et subjectifs sont enseignés lors des séminaires.

Grâce à cette écoute juste des tissus et à notre point d’appui nommé Fulcrum, l’accès à la profondeur au sein même du corps est possible, jusqu’à obtenir une belle vitalité tissulaire.

Du macroscopique au microscopique, de l’organisme en passant par les organes, les tissus, puis les cellules jusqu’à la toute petite particule subatomique, chaque niveau est concerné, de la surface à la profondeur.

La qualité d’Être du thérapeute, sa présence, son attention et son intention constituent la base d’une palpation en parfaite syntonisation avec les tissus. Celle-ci est fondamentale.

Les structures d’un nourrisson sont encore très malléables, l’ossification est en cours. Une force appliquée aveuglement sera préjudiciable au système.

La palpation doit, plus que jamais, s’adapter à ce jeune corps, un corps malléable qui demande de la profondeur pour être libéré, et non pas de la force.

La syntonisation avec les tissus est indispensable, ainsi que le respect du rythme du processus de libération. Le système corporel vivant est capable de communication et s’exprime par le biais du mouvement.

Cette profondeur est le premier challenge et repousse la limite de la libération afin de récupérer la meilleure vitalité tissulaire.

 

Le deuxième « défi » est la croissance.

D’autant plus que les capacités de perception d’un être si petit ne sont pas à sous estimer.

La croissance considérable du petit corps tout juste né, demande une prise en charge précoce sous peine de constater indéniablement l’aggravation du « pattern »et de la symptomatologie.

Comme expliqué dans mon livre, le corps est en pleine croissance. Celle-ci va aggraver le schéma si la libération prend du temps. C’est une vraie course contre la montre.

La prévention est primordiale, la croissance rapide de ce nourrisson va imposer au corps des tensions de plus en plus importantes.

La précocité de la prise en charge est donc déterminante pour la suite.

Parfois, avant même que la plagiocéphalie ne soit visible à l’œil, les mains habiles perçoivent le schéma inscrit dans les tissus.

 

 

Si la morphologie du nourrisson facilite la prise en charge de l’ensemble du corps, son très jeune âge constitue un second avantage.

Effectivement, l’histoire de ce corps se réduit à la vie intra-utérine, l’accouchement et les premiers mois de vie.

 

Cependant, les traumatismes, bien que moins nombreux chez le nourrisson que chez l’adulte, ne sont pas pour autant à négliger.

 

La vie intra-utérine, telle que je la conçois et vous le partage lors de la formation pédiatrique, est riche d’enseignements.

Durant cette période en lien étroit avec sa maman et son environnement, le fœtus construit ses bases tant sur les plans physique, émotionnel et psychique.

 

Néanmoins, l’histoire ne fait que commencer.

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